Mon petit ange Grégoire

(08/12/2006 14:48:14)

Voilà l'email que j'ai envoyé à une amie pour résumer notre histoire :

Le jour où j'ai fait mon test de grossesse, j'ai eu la trouille de ma vie. J'étais super contente et en même temps inquiète de savoir quel genre de mère je serais. Ma grossesse s'est bien passée mais le jour où j'ai été mise en arrêt, ça m'a fait un choc, je ne pensais pas partir comme ça sans dire au revoir à mon boulot, mais en même temps peu de temps après j'ai réalisé que ça y est, finit les longues journées de travail, on allait avoir du temps pour nous deux, j'allais enfin commencer à pouvoir m'inquiéter de la garde robe de mon petit poutch... et puis tous mes rêves se sont écroulés. J'avais un petit gaillard plein de vie dans le ventre, mais je devais prendre la décision de lui donner la vie ou non. Grégoire avait une partie du cervelet qui ne s'était pas développée. Pas de cause, pas de raison, ni génétique, ni rien, juste le truc qui n'arrive jamais... Cette partie du cerveau permet de créer des "raccourcis" pour que chaque fois que l'on respire, mange, marche, chaque fois que l'on tient notre tête on n'ait pas à réfléchir à ce que l'on fait. Bref, rien n'aurait été inné chez lui, il aurait dû réfléchir à chaque seconde de sa vie, sans être sûr qu'il soit un jour autonome... et en plus il aurait fallu qu'il soit suivi par un kiné 3 fois par semaine, etc. Bref, ça voulait dire lui demander beaucoup de choses et surtout beaucoup de souffrances pour une qualité de vie qui n'était même pas assurée...Tant de choses pour un si petit bonhomme...

C'est dur pour une petite maman d'entendre ça, mais ce n'est rien comparer au choix que l'on me demandait de faire. Jusqu'ici mes choix s'étaient limités à mes repas, mes études, mon mariage, au pire de savoir si j'étais d'accord ou non pour le prélèvement d'organes à la mort de mon père, mais là encore ce n'était rien. Quelque soit le choix que l'on pouvait faire, je savais que quelque chose en moi mourrait de toute façon... Alors j'ai dû chercher en moi tout l'amour que je lui portais déjà et donner mon accord pour le laisser partir. Mon mari n'aime pas que je dise cela mais quelque part j'ai dû suicider une partie de moi-même, et c'est dur, d'autant que j'avais envie de le garder avec moi, mais je sais au plus profond de moi que je n'avais pas le droit de lui donner une vie aussi dure, notre vie à nous n'est déjà pas toujours facile, alors la sienne... Bref, je sais que je n'avais pas le droit de le garder uniquement pour moi, car ça aurait brisé le coeur de son papa de voir souffrir son bébé mais surtout Grégoire aurait eu une vie que l'on ne souhaite à personne...

Alors il a fallu profiter de nos derniers jours ensemble. A ce moment, j'ai préféré que l'on reste juste nous trois. Pas de famille, pas d'amis, juste notre petite famille. J'ai voulu que l'on vive pour nous trois tout simplement, car je savais que le moment venu on retrouverait toutes les autres personnes qui nous sont chers. On a essayé d'en profiter au maximum, et même si la plupart du temps j'étais anéantie, on a réussi à "sauver" quelques moments de douceur.

Puis il a fallu partir pour l'hôpital, et là je crois que ça restera le pire jour de ma vie, car même si je sais que c'est la "plus grande preuve d'amour" que je pouvais lui donner, ça n'en reste pas moins que de marcher dans "le couloir de la mort". Là on m'a endormit... et ils ont endormit son coeur...

Quand je me suis réveillée, je savais que tout était finit, il ne restait plus qu'à attendre qu'il veuille bien me montrer le bout de son nez. L'accouchement a été long, 17 heures de travail, mais ce n'était pas pénible. Quand il est enfin arrivé, ça a été un beau moment. Je pouvais enfin tenir mon bébé dans les bras et c'était un très beau garçon de 48 cm et 2,6 kg avec pleins de cheveux noirs et une bouille toute ronde. Il était vraiment très beau, pas de malformation, ni le physique d'un préma, la sage femme m'a dit qu'à terme, ça aurait été un grand bébé.

Les infirmières l'ont habillé avec une petite tenue que mon mari avait été acheté exprès et le bonnet que ma mère lui avait tricoté. Puis les parents de mon mari, ma mère et ma grande soeur sont venus le voir. Ils ont tous été très contents de le voir et tout le monde a craqué sur sa bouille. Quand ils sont repartis, on a fait quelques photos, j'ai pu le garder plusieurs heures dans mes bras, puis les infirmières ont dû le reprendre pour me remonter dans ma chambre.

Mais, il nous fallait encore traverser une dernière étape. La semaine qui a suivie, il a fallu préparer ses funérailles, et ça a été très dur, car justement je savais que ce serait la dernière étape et qu'après je devrais le laisser partir pour de bon. Alors juste avec nos parents, nous lui avons fait un dernier adieu...

Je t'aime mon bébé.



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